vendredi 24 avril 2009

On a marché sur Mars!

Evidemment, le clou du spectacle de la région n'est pas le décor de "Il était une fois dans l'ouest" mais quelque chose de bien plus authentique, de bien plus grandiose et qui se mérite : la région du Sud-Lipez et le Salar de Uyuni, le plus grand, le plus haut, le plus beau. Nous avons attendu deux jours avec Osne avant que viennent s'ajouter, tels des sauveurs, les anglais Paul et Aaron : il faut être au moins quatre personnes pour que la jeep soit affrétée.


Nous serons donc sept avec le chauffeur, Don Sebastian et la cuisinière Flora.

Matériel nécessaire : slip de bains, crème solaire, bonnes chaussures, vêtements chauds, appareil photo, lunettes de soleil, papier toilette et sac de couchage. Nous n'avons qu'une vague idée de ce que nous allons découvrir mais l'excitation et l'enthousiasme sont au rendez-vous. Nous partîmes donc par un joli dimanche matin, après avoir croisé pour la première fois les english au petit dej' et jaugé leur potentiel d'adaptation au tiercé gagnant que nous formions déjà avec Osne. L'avenir nous donnera raison sur notre première impression : "ils ont l'air pas mal cool pour des rosbeefs!".

Froggies et rosbeefs, Bolivie et Norvège ont donc taillé les 1200km de pistes ensemble en taillant la bavette en franglishspanish pendant quatre jours, en usant quotidiennement les batteries du mp3 anglais et en chantant à tue-tête les airs boliviens -Cual es tu telefono?- de la seule k7 de Sebastian, lue et relue plus de mille fois. Dans les faits, ces quatre jours peuvent se résumer ainsi : petit déj-voiture-collation-voiture-almuerzo-voiture-arrivée au refuge-tea time-jeux de cartes-dîner-dormir-lever 5h. Soit en moyenne 8h de 4x4 par jour. Nos fesses sont une fois de plus sollicitées, hé oui, il n'y a pas de bitume par ici... Don Sebastian s'avère rapidement être un as du volant. Il connait la région comme sa poche, 40 ans comme chauffeur de camions dans le coin, ça aide!

Flora se révèle être un véritable cordon-bleu, plats pour carnivores, pour végétariens à la sauce locale, pas une seule fois nous avons eu faim et pas une seule petite chiassounnette... L'altitude augmente rapidement et pour ne pas en souffrir, nous mâchons de la coca. Le chauffeur doit avoir une bonne cinquantaine de feuilles dans la bouche, de l'extérieur on dirait qu'il a une balle de golf coincée sous la joue, un vrai hamster! Nous nous contentons d'une bonne vingtaine, le goût est très particulier, entre le maté et le thé vert avec une touche de menthol. S'en suit une bonne anesthésie de la bouche! Cela doit suffire car mis à part un réel essoufflement au moindre 100m à pied, nous n'avons jamais véritablement souffert de l'altitude. 24h sur 24 avec le même groupe, il y a soit moyen de péter un plomb, soit moyen de créer des liens et c'est ce qui s'est passé. Nous avons eu l'impression de vivre une amitié de colonie de vacances. Nous étions bien tristes quand il a fallu nous séparer.

Mais mis à part ces faits, quels furent les décors? Lunaires et martiens, minérals, colorés, déserts, sauvages, grandioses et immenses, innatendus et surprenants, brûlants et glacés. Le tout se situant sur l'altiplano andin, entre 3500 et 5300m d'altitude.


Rien d'autres que des touffes d'herbes ressemblants à des coiffes de lutins ne poussent à ces altitudes. Parfois, nous croisons une construction en pierre ou en torchis d'où sort d'un toit de paille un tuyau de métal fumant, bâtisse digne d'une maison de sorcière. Des lamas autains et peureux nous regardent passer avec leurs boucles d'oreille en laine roses fluos, nous croisons des hybrides d'autruches et comme traces de vie, c'est à peu près tout.


Les lagunas (entre le lac et la mare) sont colorées en fonction des minéraux, du soleil et du vent, tantôt rouges, bleues, vertes, jaunes... piquées de flamands roses.

Mercure, cuivre, souffre, borax, or et lithium forment un vrai coktail de couleurs et de richesse naturelle, mettant la réserve plus qu'en danger dans un des pays les plus pauvres d'Amérique du sud. Les mélanges de différentes roches donnent une érosion à deux vitesses : le vent et la pluie emportant les plus meubles, faisant apparaître les blocs les plus durs, posés ça et là au milieu d'un désert. Un peu comme des boules de pétanques lancés par les mains d'un géant invisible.


Au bout de deux jours sans se laver et en dormant habillés, emmitoufflés entre sacs de couchage et couvertures, nous prenons un bain bouillant dans une source d'eau chaude à 5000m d'altitude.

Nous ressortons rouges et ramollis comme des crevettes cuites. Et enfin, après ces explorations martiennes nous touchons le Salar d'Uyuni, 14000m-carré le plus de tout du monde. Nous dormons dans un hôtel fait de briques de sel et allez comprendre pourquoi, ce soir là, le repas était trop salé.

A 5h30 du matin nous accostons sur l'île Pescado, morceau de terre entouré de sel où pulullent des cactus millénaires. Le soleil se lève sur la croute immaculée de blanc... Dessous il y a de l'eau et du lithium... C'est... Wouaaaouuuu! De retour sur Uyuni nous redecouvrons la réalité de la Bolivie où se cotoient touristes en quête de spots "trop coolanww" à ajouter à leurs palmarès et boliviens à la recherche de tant d'autres choses... Nous disons au revoir aux anglais non sans avoir vidé quelques bières. Nous repartons le lendemain avec Osne pour Potosì, la ville de plus de 100 000 habitant la plus haute du monde avec 4200m (on n'arrête pas les records!)


Au revoir, et à bientôt.

samedi 18 avril 2009

La Bolivie!

Sur la route de la Bolivie, notre dernier Coche-Cama s'est avéré être une torture sonore. Le stewart ne devait pas supporter de voir des écrans vides dans son bus, si bien qu'il enchaînait clips latinos-lovers formatés sur films de merde piratés. Episode qui ne nous fera pas trop regretter le service des bus argentins en Bolivie... Où lá, c'est rodéo sur sièges défoncés...



Sur la route de la Bolivie, nous nous sommes arrêtés à Salta et fait un tour de téléphérique sur le cerro du coin, bu un coup au son d'un synthétiseur animé par une vieille aveugle, devant le spectacle de jeunes breakers débutants.

Et toujours plus au nord, nous nous sommes arrêtés à Humahuaca. Bourgade improblable plantée à 3000m d'altitude. Premiers pas sur l'Altiplano où le manque d'air se fait sentir, nous nous acclimatons progressivement.


Première rencontre avec les feuilles de coca à machouiller interminablement et surtout prémices de la Bolivie... Ici on croise déjà des femmes sans âges à la peau tannée, avec quelques dents, deux interminables nattes pendant de chaque côté d'un chapeau melon fleuri. Les fleurs en plastiques et rubans entourant leurs têtes sont assortis aux couleurs criardes de leurs jupes. Elles dévoilent leurs mollets durcis, cachés par un bas de laine sans âge lui aussi.



A Humahuaca, nous ressentons enfin la rudesse de la Cordillère et la présence ancestrale des peuples indigènes et des promesses de cultures plus exotiques. Une vieille dame nous vend de l'herbe des montagnes pour soigner un vilain rhume de François avec un assortiment d'amulettes : myrthes, graines, encens, bois bizzarre, "les mêmes présents recus par l'enfant Jésus des rois mages!". Décidement on ne sort pas de cette évangélisation!

C'était notre dernière halte en Argentine, le lendemain nous prenons un bus qui nous emmène jusqu'à la frontière bolivienne. La Quiaca et Villazon sont deux petites villes qui se juxtaposent. La première est en Argentine, la deuxième en Bolivie. Nous franchissons sans problèmes la frontière à pied...

C'est impressionnant de s'apercevoir que derrière une simple barrière se trouve un autre monde, comme si pour nous, le Maroc se trouvait à la place de l'Italie. Nous ne resterons pas longtemps à Villazon, c'est une ville peu sûre, très bruyante, très sale, très inhospitalière.

Nous décidons rapidos de prendre un bus pour Tupiza à 90km au nord, 3h de route! A la gare routière, on nous informe qu'un bus part dans moins de 10 minutes... Parfait!

Et là, paie ton bus. Nom de dieu! Ça roule encore ça?!! Hé oui, c'est même apte pour un rallye! Sièges défoncés, fenêtres prêtes à tomber, porte d'entrée qui ne s'ouvre qu'à moitié, nous voilà partis dans le désert montagneux bolivien. Nous arrivons enfin à Tupiza où nous allons rester quatre nuits. C'est un gros village niché lui aussi à 3000m, enclavé dans un cirque de montagnes rouges.


Le samedi, nous assistons à la fête des enfants sur la place du village. Casimir se tape les coudes avec Pikachu, les enfants font la queue pour le manège : une grande-roue toute en fer de 3m de haut. Les mamies portent des bébés dans les tissus aux couleurs d'arc-en-ciel fluo, les enfants sucent des briquettes de lait aromatisé et tous les marchands ambulants sont de sortie.


Pas loin il y a le sud-Lipez et le salar de Uyuni... THE excursion de Bolivie et ici ce n'est pas THE place touristique pour faire ce tour, c'est à dire qu'il y a une ville et quelques agences et non pas des agences qui forment une ville, comme à Uyuni... Commence alors la prospéction des agences essayant de deviner l'ambiance de chacune, nous choisissons finalement une des plus petites, une entreprise familiale qui se bat avec les agences organisant des convois de cinq 4x4 remplies d'anglais tous les jours.

Avant de nous aventurer dans les profondeurs boliviennes nous décidons de tâter le terrain et commençons par la découverte des environs à cheval, en suivant les traces de Butch Cassidy et du Sundance Kid (qui apparemment se sont aventurés dans le coin).


Nous rencontrons Osne, une norvégienne au sourire clair et fière cavalière avec qui nous allons chevaucher pendant 7 heures...


C'est parti!, on se croirait dans une BD de Blueberry, on transpire, on sent le cheval, on traverse des canyons, on galope tels des hors la loi à la poursuite d'une diligence, il nous manque seulement les colts. Nous étions une belle horde sauvage à la chevauchée fantastique, traversant le Rio Bravo à la conquête d'un fort Alamo -inexistant- pour aller délivrer une prisonnière du désert -fantômatique-! Mais où es-tu John Wayne?!!



Nous arrivons enfin à bon port les yeux pleins de paysages rougeoyants, les vêtements pleins de poussière et le corps... défoncé, c'est le mot. Muscles plus que sollicités, culs tannés (surtout celui de François : comme si on m'avait passé du papier de verre extra-granuleux entre les fesses, ¡Aie aie pobresito!), inolvidable!



Demain nous partons avec Osne pour quatre jours d'excursions... Vous saurez où au prochain épisode.


Au revoir, et à bientôt.

mardi 7 avril 2009

Le demi-tour

Avant de nous rendre à Santiago et pour ne pas avoir à attendre au milieu de millions de personnes que les bureaux ouvrent (nous sommes vendredi), nous sommes allés passer le week-end à Tongoy. Village posé sur une petite péninsule encadré par deux baies : à l'ouest, Playa Larga grande de 14 km et au nord-ouest, Playa Chica, seulement 2km mais de sable blanc.



Le fond de l'air est frais mais il y a bien du soleil : nous avons atterri dans la dépendance aménagée d'une maison locale. L'air est humide et le soleil n'y rentre pas mais le matelas est bon. Le vieux nous a fait un prix à 5000 pesos sans nous dire qu'il n'y avait pas d'eau chaude, le salaud! Nous sommes hors-saison, le village est quasi désert. Après un bref coup d'oeil au centre ville coloré, nous fonçons vers la mer.


La brume se léve et aprés quelques déambulations dans le port de pêcheurs typique (qui pue, avec des poissons frais prêts à cuire, un Saint protecteur tout de orange vêtu et une ribanbelle de barques jaunes et rouges amarrées dans la baie), nous décidons de gôuter aux fruits de mer locaux. Une gargotte plantée dans le sable nous acceuille.


Nous nous torchons gentillement au vin blanc accompagnant ces mets délicieux et décidons de cuver sur la plage, au soleil... Et au son des canons! Hé oui! Une Zone militaire au large effectue des essais, c'est vrai que les poissons sont gros!



Aprés deux jours de retraite, le temps de revenir est arrivé. Nous prenons un bus pour Santiago et en bons économes que nous souhaitons être, nous choisissons une compagnie de bus offrant des prix imbattables. Grossière erreur! Semi-cama mon cul! Le nez dans le dossier du voisin de devant, les fesses aplaties et une barre dans le dos, nous voilà partis pour sept heures de voyage de nuit.
Imaginez la fraicheur avec laquelle nous débarquons à la capitale, il est 6 heures du mat, métro! Nous choisissons une auberge un peu au hasard et parce qu'il reste des places libres... Finalement l'hôtel n'est pas cher et très sympa, dans la quartier de Bellavista animé, coloré et branché, au pied d'une colline plantée... Cette vieille demeure victorienne refaite par un architecte au goût de bûcheron citadin sera notre oasis de paix au milieu de la cohue citadine.


Dès le premier jour nous fonçons à l'ambassade à la rencontre de notre interlocutrice, digne représentante de l'administration française : Solange D. Voici un exemple caractéristique des échanges que nous avons eu :
Cela faisait une bonne heure et demie que nous étions assis dans son bureau tentant de déméler l'embroglio de ses directives, ou comment s'y prendre pour obtenir ce passeport provisoire. Vers la fin de l'entretien, nous lui demandons :

"Quand pensez-vous que nous aurons ce passeport?"
" Là! Je vous le fais et vous partez avec aujourd'hui!"
Regards contents mais surpris...
"Ah bon! Mais nous croyions qu'il fallait attendre trois jours?"
"Ah oui! vous avez raison, il faut que vous reveniez dans trois jours!"

Stupeurs et tremblements de rire... Cette procédure à finalement été efficace, mais c'est certain, aucuns de ces fonctionnaires ne s'est un jour retrouvé sans papiers à l'étranger, avec en plus une traduction officielle de la déclaration de vol à faire. Passons. Entre ces rendez-vous administratifs nous avons fait les touristes curieux et cultivés. A commencer par le musée d'art précolombien, avec des momies vieilles de quelques 7000 ans et des traces des différentes civilisations indiennes visibles dans les ornements des poteries, pierres et statuettes tout aussi vieilles. Lorsque l'on débarque sur ce continent totalement colonisé, on ne peut vraiment pas s'empécher de penser à la barbarie avec laquelle nos civilisations occidentales ont tué hommes et cultures sous la bannière de l'évangélisation et du pouvoir.



Nous déambulons dans les quadras sans fin de cette capitale, pleines de gaz d'échapements et de tumultes urbains.




Nous découvrons la Moneda, qui fut jadis le lieu de fabrication de la monnaie puis palais présidentiel assaillit par les chars et l'armée lors du coup d'état de Pinochet en 1973. Nous assistons au changement de garde qui a lieu tous les deux jours, comme un balai digne de celui de Buckingham Palace.
Carabineros et fanfare s'adonnent à une chorégraphie militaire, un chilien venu regarder lui aussi ce "cambio de guarda" nous explique que pour attirer les foules et réjouir le peuple, la fanfare a pour habitude de jouer des morceaux célèbres et différents à chaque représentation. Nous entendons alors résonner Glenn Miller, "Brasil" et d'autres chansons ô combien insolites dans ce lieu symbolique.


Nous tuons deux heures à nous promener dans la galerie de la Moneda. Rdv branché d'art contemporain : on y trouve des vierges Marie en robe de tricot et un peu trop maquillées, des crèches over-kitch sous cloches de verre et des angelots morts-vivants...
Nous grimpons sur le cerro San Cristobal, à 400m de dénivellés, à la nuit tombante. C'est une colline qui domine tout Santiago. Au sommet, au pied d'une vierge énorme, nous prenons conscience de l'étendue de cette ville. Nous assistons alors à l'illumination progressive de la cité, une gigantesque toile d'araignée lumineuse d'où retentissent sirènes, klaxons, aboiements, un gentil brouhaha proche d'un sourd grondement. C'est un peu comme Paris vu du haut de la tour Eiffel en... dix fois plus grand et avec la cordillère des Andes en guise de banlieue lointaine.



Et comme promis, au bout de trois jours, Solange D. nous recoit une deuxième fois et nous donne LE passeport. Nous sommes bien contents! Notre demi-tour se termine enfin et nous avons l'impression de redevenir les maîtres de notre voyage.

Il est temps pour nous de reprendre la route pour la Bolivie. Après moultes réfléxions nous décidons de passer par le nord-ouest argentin. Nos billets de bus en poches nous arpentons une dernière fois les rues bruyantes et métissées de Santiago. Pablo Neruda y avait aussi une maison. Elle est à côté de la notre et pour compléter notre collection de visites des "maisons de Pablo" et aussi parce que celle de Valparaíso nous avait émue, nous décidons d'aller la voir... Mouais! Rien ne vaut la première fois! Pas la faute de Pablo qui a fait une maison pleines de cachettes et d'anecdotes, mais plutôt celle de la guide qui, on le voyait bien, n'avait que sa future soirée en tête...
Bref, nous nous sommes quand même bien amusés dans cette capitale, c'est vrai qu'elle n'est pas très sexy mais nous y avons mangé des Churrascos du tonnerre, galbés nos mollets par des km de trottoirs engloutis à la recherche de livres en francais et compris un peu plus l'essence de ce peuple complétement métissé et catholique.
Nous n'oublierons jamais Solange D. ni les gens qui chantaient faux jusqu'à 4h du mat dans le karaoké derrière l'auberge...


Sur la route qui mène à Mendoza, Argentine, la pleine lune illumine d'une lumière blafarde la cordillère. Nous arrivons à peine à nous endormir quand à 1h du mat nous passons la frontière, c'est bon! Le passeport fonctionne (on avait des doutes...)!
Nous arrivons le vendredi de Pâques à 5h du mat dans cette autre grande ville et après avoir pris un ticket de bus pour Salta en Coche Cama (on vous le rappelle c'est le luxe du bus) nous continuons dans la luxure avec une chambre à baignoire, idéale pour faire une grande lessive!



Nous nous sommes bien reposés mais il faut dire que c'est difficile de faire autre chose compte tenu de la chaleur étouffante. Sur notre route vers la frontière bolivienne, nous nous arrêtons à Salta la linda, une des plus belles villes d'Argentine.
Notre objectif étant de rejoindre la Bolivie le plus rapidement possible, nous ne prenons pas le temps de nous attarder dans cette région, qui pourtant vaudrait le détour...

Au revoir et bientôt.

jeudi 2 avril 2009

La trilogie

La Guerre des étoiles ou Rdv manqué avec ET.

Finalement, la Camanchaca s'est levé et nous avons pu voir Valparaiso en couleur, franchement, ca vaut le coup. C'est une ville portuaire importante cernée par 45 collines, un vétitable labyrinthe urbain où la mélancolie se mélange avec le monde moderne, où les odeurs nauséabondes côtoient celles du grand large. Des vieux funiculaires grimpent encore sur certain cerro (colline). On se demande vraiment comment ils arrivent à vaincre la gravité sur leurs crémaillère rouillées. Les murs, les façades sont peints de fresques multicolores sortant des délires des citadins.


Cette ville fût l'un des endroits de vilégiature de Pablo Neruda. Nous avons visité sa maison aussi farfelue que la ville oú chaque objet raconte une histoire et participe á l'ame de la maison. Les chiens font la sieste au milieu des trottoirs, imperturbables.


Les marchands ambulants circulent avec des gagottes au milieu des marchés de poissons et de légumes et une multitude d'épicerie à thème donne sur des rues bruyantes et animées. Ca pue et c'est magique. Il est difficile de ne pas rester insensible au charme décadent de cette ville.

Nous y avons passé deux jours et comme la brume épaisse nous envahissait de sa tristesse, nous sommes remontés vers le soleil direction Vicuña, à l'est de La Serena. De Pisco Elqui nous sommes remontés vers Cochiguaz, la vallée des ovnis où habitent au bord d'un fleuve magique des communautés hippies new-age, transcendantales et mystiques. Des gentils allumés qui croient dur comme fer à Roswell. Mais avant de se mettre à la recherche d'extra-terrestre nous devons approfondir la connaissance de leur terrain... Nous nous accordons donc une soirée avec la tête dans les étoiles à l'observatoire de Mamalluca.

Spécialement créé pour les amateurs d'astronomie, il ouvre ses portes au public la nuit et l'on peut admirer la voute céleste sous le ciel le plus pur du monde : 300 jours d'ensoleillement par an et une altitude suffisante pour ne pas être parasité par la pollution lumineuse des villes.
Ah! Saturne et ses anneaux, la constellation d'Orion, Bételgeuse la mourrante, les constellations noires du Lama et son petit, les galaxies perdues, les nébuleuses cachant les amas d'étoiles... Supernovas et clusters n'ont plus de secrets pour nous. Nous sommes prêts à déceler le moindre point lumineux suspect du ciel. Nous serons sur nos gardes et au moindre petit doigt raide rougeoyant, nous agirons.
Nous rencontrons un compatriote, Julian, prêt lui aussi à en découdre avec les ovnis. Nous prenons la route ensemble, bus puis auto-stop à l'arrière de pick-up, nous voilá vite arrivés dans cette vallée mystérieuse...

Sous le soleil du pré-désert poussent sur les montagnes arrides et nues des forêts de cactus qui deviennent orangé-rouge au couchant alors que la vallée arrosée par le fleuve magique, est verte et luxuriante de végétation. La vigne servant à faire le Pisco (eau de vie) donne des raisins aussi sucrés que des raisins secs. Le contraste entre la chaleur de midi et la fraicheur de l'eau donne toute la dimension de ces paysages.

Dans ce cadre enchanteur les hippies fans de X-Files sont propriétaires des terrains bordant la rivière, l'accés est donc privé. Pas très cool-attitude. Tant pis nous nous incrustons et négocions avec un riverain, 1500 pesos la nuit dans son jardin. On s'installe, la ligne de pêche est tendue, le feu s'allume, la tente se monte et ... Rien!
Pas d'hommes verts ou de soucoupes volantes, même l'herbe locale que l'on fume n'y fait rien. Rien à l'horizon.
Reste plus qu'à péter!

L'Empire contre-attaque, ou vieille ville de merde.

Une fois revenus à la civilisation de La Serena, nous dormons chez Maurizio et sa maman Maria, auberge ou la vie se partage entre la cuisine et le jardin. Les cactus magiques (...) poussent le long des murs ocres. Nous nous séparons de Julian et nous promettons de nous retrouver au parc du Pan de Azucar, sans savoir que le cours des événements peut changer en un claquement de doigts...

Bon, alors au départ, Copiápo c'était juste un arrêt pipi sur la route Caldera... et puis finalement, on y a passé 24h et on a fait demi-tour. Pourquoi nous direz-vous? C'est très simple...
Prenez un bus, mettez-y Cécile avec son sac dans lequel il y a presque tout (CB, appareil photo, passeport, permis de conduire, certificats de vaccination, couteau fétiche, journal de bord, etc.), rajoutez un malin voleur et une pincée d'étourderie et qu'obtient-on? Une Cécile sans sac et une folle journée en perspective!
Le vil gredin s'est infiltré dans le bus pendant la pause et s'est servi. Quand nous sommes remontés, méga-choc, branle-bas de combat, mega-stress, fait chier! Notre route s'arrête donc ici, à Copiàpo. Notre guide précisait bien que cette ville n'avait rien de sexy, et bien nous confirmons et ajoutons même que c'est une bonne vieille ville de merde!
Précisions : C'est une ville plantée au milieu désert, une des premières villes minières d'Amérique du Sud. La pauvreté sort des bidonvilles et se lit sur beaucoup de visages. Des mecs se convulsent devant des magasins d'où sort de la musique, complétement drogués, complétement bourrés, dégénérés, intéressés, mal intentionnés, déprimés... Sans mentir, nous devions être les deux seuls touristes à Copiàpo ce jour-là.
Prenez les Carabineros par exemple (la police), à côté, les CRS français passent pour "NCIS / Les experts". Et à l'hôtel, vous avez au moins pu vous reposez un peu, nous direz vous? Et bien même pas... Nous avons atterri dans un hôtel POURRI, tenu par un grabataire avare qui doit certainement s'uriner dessus en mettant son dentier. Il était la terreur de la femmes de chambre ; rendez-vous compte, elle nous a passé un tire-bouchon en cachette car le Mossieur n'aime pas que l'on consomme de l'alcool dans son "hôtel" : un préfabriqué en tôle, au bord du boulevard, une peinture (surement au plomb) qui s'effrite partout, des sanitaires dignes d'une prison turque du siècle dernier, glauque.
Pour sûr, notre jugement est perturbé par ce p... de vol, mais quand même.


Le retour du Jedi, ou détour pas Santiago.

Vous l'avez compris nous n'avons pas passé un moment agréable à Copiàpo, mais après quelques crises de larmes et de rage, nous nous sommes ressaisis.
En avant toute! Twofortrip n'est pas mort! Prochaine étape Santiago avec à la clef, nous espérons, un passeport provisoire de un an pour Cécile. Sur la route nous nous reposons au QG, chez Maurizio et Maria, qui organisent ce soir un barbecue géant pour conjurer notre sort.

Ce matin pas de Cachamanca mais un beau soleil, nous irons nous baigner dans les eaux du Pacifique avant d'attaquer hardi hardi la capitale. Nous qui avions lâchement esquivé cette ville devons maintenant nous y frotter...

Au revoir, et à bientôt...
PS : Ne nous tenez pas rigueur du manque d'illustation de cet article, nous avons fait ce que nous avons pu avec les photos qui nous restaient...