samedi 1 août 2009

King size america

Apres presque un mois de silence, twofortrip est de retour!

Beaucoup de choses se sont passees depuis notre dernier message. Autant dire que notre blog a pris un sacre retard que nous ne pouvons rattraper au risque d'ecrire un roman.

Voici l'explication. Figurez-vous qu'aux Etats-Unis tous les cafes, McDo et autres endroits de restauration delicate sont equipes de zone WiFi. Formidable n'est-ce pas? Resultat, il n'y plus aucun Cybercafes, ou sinon quelques uns a 5$ le 1/4 d'heure et pour nous qui ne sommes pas equipes de portable, c'est balot. Notre appareil photo ne veut plus transmettre les images et depuis que nous avons mis les pieds en terres capitalistes, nous n'avons pas une minute de repos!
Voila donc pourquoi nous sommes restes muets si longtemps.
Reprenons.

Le 12 juillet nous sommes donc arrives tant bien que mal sur le sol americain, non sans une petite crainte de ne pas franchir les limites du service de l'immigration (quand la poisse nous tient!). Mais ce fut, a notre plus grande surprise, une etape sans aucune difficulte. A nous trois Oncle Sam! Nous y sommes arrrives avec un retard de cinq jours sur notre emploi du temps. Autant dire que ce que nous avions prevu se retrouve bouscule un peu.

Nous remettrons a plus tard la recherche de notre futur vehicule. Pour l'instant Jean-Pierre, Chantal, Paul et Marie, Mali et Guillaume nous attendent de pieds fermes a San Francisco.
Nous degustons des notre arrivee, baguette et saucisson californiens accompagnes d'un vin francais (oui monsieur!) ramene avec soin par les bordelais.


La baie de San Francisco


Malie dans le scool bus de hippies

Nous retrouvons en meme temps visages familiers et ultra-civilisations, ce qui fait beaucoup pour notre boussole interne qui perd litteralement le nord.
Le programme des jours suivants se dessine. Apres quelques jours de repos bien arrose a San Francisco, nous decidons donc de rejoindre en bus Jean-Pierre et Chantal, partis devant, a Las Vegas. Nous qui croyions en avoir fini avec les bus et bien c'est rape!
Apres 17h de nuit dans la clim, nous foulons de nos pieds engourdis le sol de cette ville qui ne dort jamais, acueillis par un souffle brulant.
Nos sandales s'enfoncent dans le goudron... Las Vegas, 15h de l'apres-midi, nous sommes comme dans un four!!! 45-50 degres celsius au thermometre. Welcome! Nous nous refugions telles des glaces fondues, dans un congelateur deguise en voiture de location. Ensemble nous decidons que nous ne pouvons pas manquer une soiree vegasienne...




Une portion de Nachos







Las Vegas


Las Vegas


Machines a sous, roulettes, tables de jeux, abondance de neons de toutes les couleurs, reconstitutions en carton pate de toutes les merveilles du monde. En une heure nous avons vu Venise et son palais des doges, Paris et sa tour Eiffel, les pyramides d'Egypte, les bas-bond londonniens... Ici les casinos rivalisent de lumieres et d'etages, les 4x4 Hummer cotoient les Ferrari jaunes. Nous avons cherche Robert de Niro et son costume rose saumon, mais nous n'avons vu que des touristes en short et chaussettes-sandales.






Vous l'aurez compris, Las Vegas c'est Disney Land avec les machines a sous en plus, nous ne pouvions pas passer a cote. Apres avoir claque quelques dollars dans ces bandits manchots (et en avoir gagne 80 au poker), nous decidons d'entamer serieusement notre remontee vers le nord. Une soiree c'est bien suffisant pour voir Las Vegas... Enfin, a vous de faire votre propre opinion.


Nous prenons la route, Nevada, Arizona... La 66, rescapee des grandes highways et autres freeways, reste encore praticable sur quelques portions de kilometres. Pendant quelques miles donc nous empruntons cette route mythique.







Premier motel

Nous faisons halte dans un patelin improbable, ou l'on trouve un motel, une cafeteria et un bar digne de nos attentes les plus americaines. Francois met une raclee au billard a un p'tit gars du coin en buvant des bieres sur de la musique sortie du juxbox. On s'y croirait.


Premier ice tea



Nous foncons ensuite vers le Grand Canyon, qui a le merite d'etre vraiment tres grand! Et tres beau lorsque le soir tombe dans le ciel et le soleil dans les falaises.









Il fait toujurs tres chaud et nous avons du investir dans une glaciere en polystyrene pour avoir une chance de manger autre chose que des oeufs frits au bacon a l'huile sur toasts pre-beurres accompagnees d'une sauce gravy...


Nous roulons encore et toujours vers le nord, avalant des miles de bitumes, dans des paysages qui n'en finissent pas. Ici tout prend plus de place, tout est plus grand, tout est king size.



Avant Salt Lake City, nous allons dire bonjour au canyon de Brice (Bryce Canyon). Un village entier de fees dont on ne voit que les cheminees... Le tout batit dans une roche ferreuse rouge qui attire les eclairs, brrrr, il a eu du courage le colon Brice de venir planter sa barraque au milieu de ce cirque.




Non, les mormonds ne roulent plus en charrettes tirees par de boeufs, mais oui, certaines de leurs dames portent encore le costume de Laura Ingalls. Moyennant quoi, ils sont capables de dedier un des plus grands building de la ville a Jesus et a son culte.
Cecile est allee poser culotte dans ce temple de foi, et ma foi, elles n'avaient pas l'air tres degourdies les gaillardes de l'accueil!
Salt Lake City, c'est aussi un lac sale. Sans blagues?
C'est presque par hasard que nous avons trouve l'entree de la route menant a l'ile de la belle reserve naturelle. Elle serpente au milieu des marais salants ou des nuees d'oiseaux mettent constament au point une choregraphie. Le hasard a bien fait la chose puisque nous avons meme vue des bisons en liberte et des antilopes.








En Utah, la consommation d'alcool est tres surveillee, aussi nous decidons de passer la nuit dans LA ville de mauvaise reputation de l'etat, Ogden.
Il faut s'imaginer une route en terre battue, les gling-glings des eperons et les jambes arquees des cow-boys crados et bourres pour voir dans ce centre historique s'etalant dans une rue, un haut-lieu de perdition.
Il faut dire que les centres historiques comme nous avons l'habitude d'en voir, ici, ca n'existe quasiment pas. Tout ce qui a plus de cinquante ans merite une photo du touriste de passage.

Tout de meme, la sextuagenaire patronne de notre saloon a un vrai cote old school et son bar sent la biere, Francois met une raclee au billard a un p'tit gars du coin, sur le chemin du retour des gens font du surf dans une piscine a vague derriere une grande baie vitree, tout va bien, on est bien aux States!


Dans la voiture

Prochaine etape, Joseph dans l'Oregon.
On a baptise la ville ainsi car cefut le fief d'un grand chef indien du meme nom, de la tribu des nez perces. Drole de nom pour un indien?
Nous decidons de faire halte dans cette petite bourgeade voisine d'un petit lac et par un heureux hasard, c'est ici meme, a Joseph, que nous retrouvons Mark et Francoise (cousins au enieme degre de Francois), venus faire du camping et celebrer le Chief Joseph'day.

Nous passerons une semaine dans ces decors Suisses, disant au revoir a Jean-Pierre et Chantal qui prennent la route de Portland et bonjour a la nouvelle famille de Francois. Nous n'oublierons pas ce periple a quatre de sitot, ces miles engloutis dans le ventre de la japonaise et surtout nos mesaventures cullinaires dans le fin fond du grand ouest americain. Un grand merci pour nous avoir fait decouvrir ces regions mythiques...

Nous sommes desormais installes en camping dans la reserve du lake Wallowa, en compagnie de Mark, Francoise, Annette, Richard, April et Jesus.

Nous plantons notre petite tente et nous nous attendons presque a les voir sortir le kit complet du parfait campeur. Il faut dire que notre vision des americains s'est precisee durant cette traversee du sud au nord. Tous sont extremement gentils et decontractes -sur ce point, nous autre frenchy avons vraiment des progrets a faire- mais avec un rien de m'as-tu-vu dans ma grosse bagnole, mes grosses santiagues, mon gros bide.
Et bien nous avons eu tort de mettre tout dans le meme panier. L'Amerique ultra-conservatrice de Bush est la plus visible mais l'autre moitie existe belle et bien.
Avec eux nous comprenons que l'on peut vivre ici sans avoir le complexe du looser qui ne peux pas se payer une grosse 4x4. Ajoutez a cela l'etrangete d'une rencontre de membres d'une meme famille qui ne se connaissent pas et vivent sur des continents differents, il y a moyen que notre boussole se deboussole encore un peu plus!
Nous avons vite trouve une longueur d'onde commune, il faut dire que ce ne fut pas difficile, et que nous sommes restes branches jusqu'a aujourd'hui puisque nous sommes encore chez eux!

Durant ce week-end, nous en prenons plein la vue. La celebration de la mort de ce chef indien pacifiste est l'occasion d'une grande parade, puis d'un rodeo en bonne et due forme.

Toute la bourgade est en emulation, on trouve des stands de saucisses comme vous n'en avez jamais vus, des beignets oreille d'elephants, des concours du plus beau costume.
Il faut dire que les cow-boys sont sacrement sexy, moules dans leurs blues jeans. Tout leur attirail est fait pour degager de la virilite...
Le jour de la parade, tout le monde deplie ses chaises et se pose le long de la rue principale avec la glaciere, lunettes et chapeaux. On voit defiler des cow-girls ultra appretees et over maquillees, des indiens qui franchement imposent le respect et donnent un rien de culpabilite a ses fils de colons, des buffalo-bills modernes, des pompiers...






Un gros papa fier de sa petite fille, future cow-girl

Et le soir, c'est rodeo!
Imaginez un stade carre du moyen-age, avec des cavalieres portant des etendards au grand galots, un speaker intarrissable. Mettez dedans le spectacle de l'homme qui se mesure ou qui a conquit l'animal sauvage a quatre pattes (chevaux, bisons, taureaux, veaux), avec lassos, mains nues, fouets, ou veritable rodeo. Ajoutez en fond sonore les premieres secondes des tubes americains des annees 1970 a aujourd'hui, de la biere et de la testosterone boostee par le port de chapeau-bottes-chemise-jeans obligatoire, vous obtenez un authentique spectacle US, bien loin de ceux de Broadway...






Justifier

Nous finissons par continuer notre remontee vers le nord jusqu'a Porland, dans la maison de Mark et Francoise.

Ici, si tu n'as pas de voiture, oublie ta vie, tu peux rien faire. Nous nous mettons ardument a la recherche de notre carrosse. Il ne faut pas beaucoup de temps pour nous rendre compte que c'est un vrai casse-tete administratif. Heureusement que Francoise est la, avec un telephone, internet et une voiture.

Nous avons vu Jimmy le premier jour et de suite nous avons senti que feeling circulait entre nous et lui. Il etait notre part manquante. Nous avons tout fait pour le sortir des pattes du mechant Wayne, le revendeur de vehicules d'occasion. Nous vous passerons les details de cette bataille que nous avons du mener contre les assurances, controle pollution, administration, nouvelles plaques... C'est maintenant chose faite, Jimmy est parmi nous!


C'est un beau truck GMC Jimmy Sport 1994 bleu nuit, moteur V6, dans lequel nous pouvons dormir et que nous venons de customiser avec des rideaux en polaires et un porte-clef en dinosaure!
Vous l'avez compris, nous reprenons la route en solitaire et en autonomie. Nous allons faire un tour de l'Oregon en attendant l'arrivee de Paul et Marie dans une semaine avec qui nous irons explorer le fond du Montana et du Wyoming.



Sur les plages immenses de l'Oregon...


Nous ne savons evidemment pas quand nous pourrons poster un nouveau message, le but etant d'acquerir rapidement un petit portable sur lequel nous pourrions nous connecter, ainsi qu'un lecteur de carte pour envoyer des photos. C'est un peu frustrant de passer si vite sur un mois intense de decouvertes des USA...
Merci de votre fidelite!
Au revoir et a bientot.

PS : Un grand merci a tout ceux qui nous on soutenu dans l'epreuve difficile du passage de la frontiere... Et qui nous donnent la possibilite de continuer l'aventure.

PS2 : Un grand merci a la famille Mc Connell pour nous avoir accueilli dans leur campement et dans leur maison, pour nous avoir aide et plus que soutenu dans l'adoption de Jimmy.
We had a really good time with you!

mercredi 8 juillet 2009

Bad news not from the stars

Voici l'histoire d'une folle journée qui devait être la page tournée entre le sud et le nord dans le livre de notre aventure américaine.
Tout commence par une visite chez la police de proximité, qui nous détourne vers la police touristique qui nous détourne chez la police de l'immigration qui nous détourne au bureau de l'immigration de l'aéroport... Compter au moins une demi-heure de trajet entre chaque bureau, à pied, en bus, en taxi ou en tramway. Et tout cela pour une petite carte d'immigration perdue, un petit bout de papier qui ne compte pas, comme nous l'apprenons dans le dernier bureau que nous visitons. Admirez la coordination du corps policier. Certains ne savait même pas de quoi nous parlions...
Cette épopée nous a pris la matinée et a bien entamé l'après-midi.

Le soir, à 20h, nous partons pour l'aéroport. Nous sommes excités à l'idée de découvrir ce pays que l'on connait tant par les médias, mais sur lequel on ne met aucune images en 3D, aucunes odeurs.

On saucissonne nos sacs à dos de célophane, on passe le checking, le contrôle anti-terroriste un fois, deux fois. Un policier nous pose un tampon de sortie et nous voici enfin dans la salle d'embarquement. Elle se remplit doucement d'un échantillon de la population américaine, déjà là, c'est un spectacle inconnu. On a l'impression que chacune de ces têtes peut occuper son propre rôle dans une série, dans un film, dans un documentaire, dans une cérémonie...
Nous sortons les échecs, attendant patiemment l'heure de l'embarquement à minuit.

A 23h30, le nom de Cécile Labonne est prononcé avec un accent espagnol dans les micros de la salle d'attente. "Oui? C'est moi. J'ai gagné quelque chose?"
"Il y a un problème avec votre passeport mademoiselle". Mon passeport est un passeport d'urgence, fait par l'ambassade de France au Chili, valable un an et la dame qui s'était occupée de mon cas m'avait certifié que je pouvais entrer aux States avec. Autant dire que je peux prétendre entrer n'importe où. "Oui? Un problème?"

Depuis le premier juillet, c'est à dire depuis 6 jours, ce type de passeport n'est plus valide pour entrer dans ce pays forteresse... C'est une blague? Non, ce n'est pas une blague, c'est on ne peut plus sérieux. "Qui va rembourser les billets d'avion? Pourquoi ne pas avoir envoyé une note d'information aux voyageurs?" On cherche le coupable.
Delta Airlines pretend que nous devions nous tenir informé, nous rétorquons que se tenir informer avant l'achat du billet oui, mais a posteriori, ils auraient du nous prévenir d'une telle mesure. D'autant que même si nous avions été au courant, obtenir un visa prend au moins une semaine, cela n'aurait pas suffit. Rien a faire. Il nous conduisent quasiment manu militari devant nos sacs qui ont fait un aller-retour dans la soute d'un avion dont nous ne verrons meme pas la couleur.
Nous sommes complètement abattus, pensons a la fete que nous devions faire avec nos copains retrouvés et que nous ne ferons pas, pensons à notre budget qui va prendre un sacré coup...

Le lendemain et le jour d'après commence le marathon des institutions... Ambassade de France ou une dame très compétente -assez rare pour être noté- nous oriente vers l'ambassade des USA.
Là, on nous donne la liste des pièces à fournir pour l'obtention d'un visa.

Chez les francais, on nous a répondu via l'interphone que "On ne rentre pas comme ca ici, C'est pas un moulin!" puis les portes se sont ouvertes sur un petit jardin, ambiance maison de campagne.
Chez les ricains, c'est Fort Knox. Un renseignement téléphonique de 8 minutes coute 12 dollars. L'esplanade est truffée de caméras et on ne pénètre dans l'antre qu'une fois le dossier valide.

Chez Delta Airlines on nous fait payer 480 euros pour frais d'annulation et rachat de billet. Chacun. La blague... Et il ne reste que quelques place le 10 ou le 11. On ne sais pas si notre visa sera prêt a temps, sinon nous devrons racheter un billet full price dans une autre compagnie... Du point du vue des assurances, c'est mort : "Ah non! Désolé, nous ne couvrons pas les problèmes liés aux billets d'avion".

Puis re le bureau d'immigration pour annuler notre tampon de sortie. Non, il faut que vous alliez a l'aéroport. C'est une blague? Non. A l'aéroport, le policier habilité a poser un coup de tampon n'est pas la, revenez demain... Elle est bien bonne.

Puis c'est le tour de la banque, pour acheter le timbre fiscal. Il est 16h40, revenez demain avant 16h30. C'est une blague? Un ange passe et apporte la bonne nouvelle, madame la banquiere consent a enfreindre son règlement pour nous.

Nous remplissons les formulaires sur internet. Dans le premier bureau, pas assez de débit. Dans le deuxième, pas la configuration adéquate. Dans le troisieme pas d'imprimante. Dans l'un d'eux je dois faire le descriptif de mes études, confesser mes penchants pour le mal (meurtres, armes, SM...)...

La journée finie, nous décidons que nous n'avons pas volé notre ch'tit canon de rouge.

Le lendemain, aéroport et cette fois, le monsieur-au-tampon est là.
A l'ambassade, on se rend compte que l'on a oublié la photo. On va faire la photo. Puis on se rend compte que le code barre du formulaire est mal imprimé, on va refaire une impression, et enfin, Cécile pénètre dans le coffre fort.
Elle y reste 2h, voit trois fonctionnaires diffèrents, se désinfecte les mains, donne l'empreinte de ses dix doigts et fait du gringue pour obtenir un délai, incorruptible ces fat boys.

Voila en substance notre périple urbain de ces dernières 48 heures.
Si nous sommes entrés à ce point dans les détails de cette croisade pour les States, c'est pour que vous compreniez bien la nécessité de croiser les doigts pour nous...

Merci d'avoir partager notre mésaventure,

Au revoir et a bientôt.

dimanche 5 juillet 2009

Les vacances en voyage

A peine passée la frontière Pérou-Equateur, deux comptes à rebours se sont mis en marche : celui de la fin de notre exploration de l'Amerique du Sud et celui de notre retour dans une civilisation incluant la machine à laver dans le trousseau de jeune mariée.
La terre d'Equateur présente grosso modo deux versants se divisant le long d'une épine dorsale montagneuse, le début de la Cordillère et pour nous qui venons du sud, sa fin, la fin de la vague sur laquelle nous surfions depuis Ushuaïa.
A l'est, on trouve l'océan Pacifique, à l'ouest, la forêt équatoriale. Nous avons du mal à décider sur quel versant nous voulons nous pencher, le chrono étant en marche, nous devons rapidement choisir mais en aucuns cas nous voulons tout faire au risque de ne rien voir.

Comme ni l'est ni l'ouest ne fait pencher la balance, nous décidons de rester dans les Terres du Milieu, là-haut sur la montagne et de dépenser nos sous sur le marché artisanal d'Otavalo. La bourgade est assez froide aux premiers abords, mais s'avère être le terrain de jeux de trois jours de bacanale nationalement réputées en l'honneur du solstice d'été.


Attention! Rien à voir avec la kermesse du village où Dédé fini tout bourré et décroche une chataigne bien plantée à Jacki en repartant dans une 205 tunnée, non! Ici on boit discrètement mais sûrement. Du jus de mûre chaud mais surtout d'autres boissons non indentifiées...


Imaginez une joute musicale interactive où les participants déguisés ou en costume traditionnel se rencontrent au coin des rues, sous une petite tonnelle en plastique ou à même le ciel.

Un noyau se forme, constitué de différents musiciens, quena (flûte locale), guitare, harmonium, quelques percus. Ils lancent une mélodie sur un rythme lancinant et répetitif, les fêtards viennent s'aglutiner en cercles concentriques autour d'eux, comme pour les protéger, en chantant et en dansant à petits pas.
Une autre formation vient les provoquer, en chantant plus fort ou en ammenant plus de sympathisants. C'est le plus gêné des deux qui s'en va, et ça continue toute la nuit, jusqu'au petit matin où apparaissent des corps affalés sur les trottoirs.


La journée, nous dépensons nos dollars en attendant que l'un des sommets volcaniques des environs se libère des nuages qui l'emprisonnent.


Finalement, las de mettre des pulls à la nuit tombée, nous nous décidons enfin quant à la direction de notre voyage et optons pour une chaleur sans moustiques : la plage.
Après plus de cinq mois de vadrouille portant notre maison sur le dos, transportés par des bus sans âges sur des routes défoncées, nous estimons qu'un peu de vacances nous feraient le plus grand bien. Ne vous méprenez pas, jusque là nous étions en voyage ce qui n'est pas la même chose!


Le bus qui nous mène à notre retraite est conduit pas deux chauffeurs qui imaginent leur potentiel sexuel augmenté de quelques points lorsqu'ils sont en uniforme et encore plus lorqu'ils conduisent vite. Malheureusement pour nous, il y avait quelques jolies filles dans le bus. Heureusement, il y avait aussi une maman grande gueule désireuse de garder ses enfants vivants.

Première étape à Bahia Caraquez, ville balnéaire d'où émmerge quelques bâtiments de plus de cinq étages, sur une langue de terre cernée par les eaux : d'un coté l'estuaire formé par les Riós Chone et Carrizal, de l'autre, l'océan.


Le fleuve brun clair charrie les limons qui viennent colorer l'océan aussi loin que nos yeux peuvent voir. Notre première baignade dans le Pacifique se fait donc en eaux troubles et incroyablement chaudes. Malgré les nuages blancs qui voilent le ciel il fait une chaleur à se prélasser en maillot de bain... Innocemment nous jouons sur la plage -à la marelle- en ignorant la morsure du soleil des tropiques. Le résultat ne se fait pas attendre... Des vraies écrevisses court-bouillon!


La traversée de l'estuaire dure cinq minute à peine mais nous sentons le vent de la terre se mélanger à celui du large, l'eau douce doucement devenir salée. Le transistor de notre frèle embarcation crache des rytmes cubains sur le rytme de moteur, les quelques passagers transportent des fruits inconnus, cinq minutes de pur exotisme!


Mais ce que nous cherchons n'est pas là. Nous, nous voulons de l'exotisme 24 heures sur 24, pagottes de bambou, cocktails sex on the beach, hamac et surtout eaux limpides!

Nous débarquons dans le pueblo de Crucita, une rue bitumée encadrée par des hotels et des restos et par la plage. Le soir, lorsque le soleil se couche dans la mer, la lumière aveugle le couloir qui mène à notre chambre, il fait chaud et nous commençons à collectionner un peu de sable au fond de nos sacs.

C'est le weekend et la petit station balnéaire grouille de marchands ambulants en tous genres : vendeurs de glace pilée arrosée de sirop de toutes les couleurs, noix de coco percées d'un petit trou pour la paille, lunettes, fritures... Les filles de nantis trémoussent leurs petits culs et leurs petits seins devant des coffres de voiture ouverts sur des grosses enceintes, basses à burnes. Les hommes remontent leurs t-shirts au dessus de leurs bedaines tendues, affalés dans des filets de pêche transformés en hamac ou à même le sol, les femmes papotent un bébé au sein, l'autre dans la poussette. Le farniente local est contagieux, nous sommes restés échoués sur cette plage 48h.

Mais comme nous vous l'avions dit, nous avons rendez-vous avec les baleines à Puerto Lopez et les vedettes, on ne les fait pas attendre. Puerto Lopez, même schéma d'urbanisme mais en plus grand.

Entre la route et la plage nous voyons enfin des gargottes en bambous, débits de jus de fruits -frais et exotiques cela va de soit- et des coktails dont le fameux "Sexo en la playa".

Dès le coucher du soleil, chacune d'elles veut faire entendre à la ville entière son morceau de cumbia, salsa, pop anglaise préféré et pousse le volum de leurs petits amplis à saturation. En ce moment Mickael Jackson sur fond de salsa est très en vogue.

Nos hôtes, un petit couple gentil de cinquante ans, possède un petit hôtel sur la rue stratégique mais assez loin du centre névralgique pour nous permettre de dormir aisément jusqu'à 10h, heure idéale pour le premier bain de la journée.
Les baleines... L'attraction de la ville qui ne vit que du tourisme et de la pêche. Elles sont partout, en photos et en peintures, sur les murs, dans des cadres, sur les capotes des motos-taxis...

Wiston, un mec à la moustache rasée de près nous son excursion. Il est répertorié dans le routard, nous montre le livre d'or remplit de commentaires éloquents, vante son entreprise familiale. Ok, ok Wiston, on l'achète ton tour.
Le lendemain le temps ne se lèvera pas. Nous ne partons pas avec Wiston qui nous a vendu à une autre agence, le traître! Notre embarcation semble bien frêle pour affronter le roulis incessant des vagues et de si gros mammifères.

Notre estomac s'accroche, nous nous concentrons sur l'horizon à la recherche d'un jet d'eau suspect.


Un aileron perce la surface, les bateaux de touristes se ruent dans sa direction, la baleine aime jouer à cache-cache. Parfois la curiosité l'emporte sur la passion du jeu et par une force mystérieuse elle bondit hors de l'eau dévoilant sa cuirasse semblable à l'extérieur d'une moule. C'est le saut de l'espion. Par cette manoeuvre, elle observe ses visiteurs et concentre sur elle tous les appareils photos qui, trop lents, ne captent qu'une mer anormalement agitée.

De plus près, leur souffle atteste de l'énorme présence invisible, cette masse que l'on devine juste sous la surface. A14h nous remettons le pied à terre, il nous faudra bien deux heures de repos pour faire comprendre à notre estomac que la torture est terminée.
Nous passons cinq nuits à Puerto Lopez. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas tant laissé pousser nos racines. De quoi prendre des habitudes, notamment dans les restos du coin.
Le dernier jour nous nous offrons langoustes et langoustines à la plancha. On nous présente des petites bêtes noires et translucides qui après un tour de passe-passe en cuisine reviennent rouges et roses.

La grande plage qui longe la baie peuplée de bateaux de pêches est pleine de vie, voici quelques spécimens.

Le pélican ressemble à un oiseau rescapé de la préhistoire.
Son cou replié dans ses ailes lui donne un air bourru. Son trop grand bec pointant la terre casse la courbe de son abdomen tel le Concorde à l'arrêt. Son vol n'a rien de gracieux. Il bat des ailes en faisant flap-flap comme un enfant qui cherche à s'envoler.
Mais voilà comment il pêche... Il repère sa proie, prend subitement trois mètres d'altitude et pique droit sur l'eau, son gros bec pointé en avant comme une mire. Deux mètres avant de toucher la surface il rabat ses ailes façon chandelle, déplie son cou et fend l'eau tel un poignard lancé par Ramon Zarate.
On voit sa proie passer dans la poche frippée de son bec et s'en est fini de la vie du petit poisson. Sa tête est blanche mais le reste de son corps s'arrache des nuances de gris, il est fade. Tout son charme vient de cette absence totale de prétention devant la majestuosité de sa technique de pêche.

La frégate quant à elle, aborde d'entrée de jeu un genre féminin. Elle parade seule ou en formation, toujours avec style. Elle crâne haut dans le ciel avec sa silhouette design épurée aux contours lisses et affuttés. Elle joue avec le vent et n'est pas de celles qui battent des ailes, madame plane.
Sous ses beaux attraits elle n'est pas moins l'ennemi de beaucoup car elle chaparde pour manger. Les pêcheurs qui déchargent leur cargaison paient leur tribu. Elle vole aussi les autres oiseaux. Madame ne se mouille pas. La pêche, c'est pour les autres. Elle entretient la classe d'une voleuse de salon.

Il y a aussi les vautours, noirs à la têtes rouges qui viennent manger des carcasses échouées sur la plage. Comme celle du pélican à l'aile brisée que les vagues ramenaient inéluctablement sur le sable, dans la gueule des chiens. Ils étaient trois sur le pauvre bougre qui soufflait en ouvrant son grand bec menaçant. En vain.
Des crabes de toutes tailles nichent dans des petits trous et nettoient continuellement la plage.

Parfois, un banc d'oiseaux fond en masse sur un banc de poissons qui passent à 10m de la plage. C'est un spectacle fascinant et effrayant, on ne peut s'empêcher de penser aux Oiseaux d'Hitchcock.

Nous avons retardé notre départ pour Quito de 24h que nous avons fini par rejoindre une nuit à 4h du matin.
Notre chauffeur de taxi a vécu dans tous les pays communistes de la terre et a fini par revenir dans sa terre natale. "Je suis communiste et je suis chauffeur de taxi, parce que personne ne veut de moi comme employé!" Tiens donc!
José, le gardien de notre temple babacool, nous ouvre ses portes et nous donne le lit du salon pour finir -ou commencer- notre courte nuit. L'ambiance est fidèle à elle-même : atelier bracelets brésiliens, grande cuisine toujours habitée, aux culs de casseroles noircies, aux assiettes ébréchées et à l'évier bouché.
Nos lessives sèchent sur le toit, nous nous préparons à basculer du côté obscur de l'Amérique.

Au revoir et à bientôt.
PS : Après un régime de dix jours de poissons-riz-patacones-fruits, le burger douteux que François a eu raison de ne pas finir, a eu raison de son envie de viande et de son estomac pendant quasiment 24h.
Vivement les buffalos!

mercredi 1 juillet 2009

Une petite carte postale

Nous nous sommes échoués sur les plages d'eau chaude d'Equateur. Nous prenons du bon temps avant d'entrer dans la civilsation nord-américaine.


Nous nous sustentons de poissons tout frais et de jus de fruits. La vie est très dure sous les tropiques, il faut dire qu'il fait vraiment chaud!
Nous sommes frappés de farniente.



Demain nous avons tout de même décroché un rendez-vous avec des baleines...
Au revoir et à bientôt.